Zapier convient pour démarrer seul, avec peu de volume. Make tient très bien des scénarios à plusieurs branches, tant que le nombre d’étapes reste modéré. n8n devient le bon choix quand le volume grimpe, quand les données doivent rester chez vous, ou quand la logique sort des blocs prévus, à condition que quelqu’un le maintienne.
Les comparatifs s’arrêtent souvent aux interfaces et au nombre d’intégrations. Ce guide regarde ce qui coûte après la mise en service : ce que l’éditeur vous facture, où passent vos données, et qui répare. Tous les chiffres viennent des pages officielles des trois éditeurs, relevées le 20 octobre 2026.
La réponse courte, situation par situation
| Votre situation | L’outil qui tient | Pourquoi |
|---|---|---|
| Un premier flux, deux applications, quelques centaines d’actions par mois | Zapier | Le plus rapide à prendre en main, et le plus large catalogue : plus de 9 000 applications selon l’éditeur |
| Des scénarios réguliers avec des conditions, des boucles, du routage | Make | L’éditeur visuel rend la logique lisible, et le prix reste raisonnable tant que les étapes restent peu nombreuses |
| Des flux longs ou fréquents, où le coût par étape devient gênant | n8n en ligne | Une exécution compte pour une, quel que soit le nombre d’étapes |
| Des données sensibles qui ne doivent pas quitter votre infrastructure | n8n auto-hébergé | Il tourne sur votre serveur, dans la région de votre choix |
| Personne en interne pour tenir un serveur | Make, Zapier ou n8n en ligne | L’éditeur porte l’infrastructure et ses mises à jour |
La dernière ligne compte plus que les autres. Un outil puissant que personne ne maintient finit en panne silencieuse, et une automatisation qu’on croit active alors qu’elle ne tourne plus coûte plus cher que pas d’automatisation du tout.
Le même flux, compté trois fois
Les trois éditeurs ne facturent pas la même unité, et les écarts viennent de là. Prenons un flux banal en PME : un devis est signé dans le CRM, le client est créé en comptabilité, un dossier s’ouvre, le démarrage se planifie, un courriel part. Un déclencheur et neuf actions, soit dix étapes, exécutées mille fois par mois.
| Ce qui est facturé | Le même flux, mille fois par mois | |
|---|---|---|
| n8n en ligne | L’exécution du flux entier, quel que soit le nombre d’étapes | 1 000 exécutions |
| Make | Le crédit : en règle générale, un module exécuté vaut un crédit | Environ 10 000 crédits avec un déclencheur instantané |
| Zapier | La tâche : chaque action réussie | Jusqu’à 9 000 tâches, le déclencheur ne comptant pas |
À volume égal, l’unité facturée varie donc d’un facteur dix. Les prix d’entrée relevés le 20 octobre 2026 : n8n en ligne à partir de 20 euros par mois en facturation annuelle, Zapier Professional à partir de 19,99 dollars par mois. Chez Make, le prix dépend du volume de crédits choisi, et la grille se lit sur votre propre volume. Son plan gratuit inclut 1 000 crédits par mois.
Ce qui fait grimper la facture Make
Deux mécanismes, documentés dans l’aide de Make. Un module qui traite plusieurs éléments compte une fois par élément : un flux qui parcourt cent lignes d’un tableur consomme cent fois ses étapes internes. Et un déclencheur qui va vérifier s’il y a du nouveau consomme à chaque vérification. L’aide donne l’exemple d’un déclencheur réglé toutes les cinq minutes, qui consomme 288 crédits par jour à lui seul, avant toute action.
En pratique, on préfère un déclencheur instantané, un appel que l’application envoie elle-même, chaque fois qu’elle le permet. Le routeur et les gestionnaires d’erreur, eux, ne consomment rien.
Ce que Zapier ne compte pas
Zapier ne facture que les actions réussies. Le déclencheur, les filtres, les embranchements et les étapes de mise en forme ne consomment pas de tâche, pas plus que les étapes en échec. Un flux bien construit, qui filtre tôt, coûte donc nettement moins que son nombre d’étapes ne le laisse croire. Le plan gratuit reste limité à 100 tâches par mois et à des flux de deux étapes : de quoi tester, pas de quoi faire tourner un processus.
n8n est-il vraiment gratuit ?
La version Community de n8n, celle qu’on installe sur son serveur, est gratuite. Elle est distribuée sous la Sustainable Use License, que n8n qualifie lui-même de « fair-code » : le code est consultable, et la licence autorise l’usage pour les besoins internes de votre entreprise. Elle interdit en revanche de revendre n8n ou de l’héberger pour des tiers. On lit souvent que n8n est open source : ce n’est pas le terme qu’emploie sa licence.
Gratuite ne veut pas dire complète. La documentation de n8n liste ce que la version Community n’a pas, entre autres :
- le partage des flux et des identifiants entre utilisateurs
- les environnements séparés, pour tester avant de toucher à la production
- le versionnage par Git et l’authentification unique
Pour une équipe de deux ou trois personnes, ces absences se contournent. Pour un service où plusieurs personnes modifient des flux critiques, elles pèsent.
Reste ce que coûte vraiment une instance : un serveur, ses sauvegardes, sa surveillance, et surtout ses mises à jour, dont on reparle plus bas.
Où passent vos données
Selon la documentation de Zapier, les données de ses clients sont stockées chez Amazon Web Services, dans la région US-East 1, aux États-Unis, sans choix de région sauf accord particulier. Zapier déclare s’être certifié au cadre de transfert de données entre l’Union européenne et les États-Unis, qui encadre ce type d’envoi. Un transfert encadré n’est pas un stockage en Europe, et la différence mérite d’être écrite dans votre registre des traitements.
Make propose deux centres de données, aux États-Unis ou dans l’Union européenne, à choisir à la création de l’organisation. L’aide de Make est claire : ce choix ne se modifie plus ensuite. Une organisation créée en vitesse sur la région par défaut y reste.
n8n en ligne stocke les données dans l’Union européenne, sur des serveurs situés à Francfort. Auto-hébergé, il tourne où vous le décidez, y compris dans votre propre salle serveur, ce qui en fait le seul des trois à pouvoir garder un flux entièrement chez vous. C’est le même raisonnement que pour les modèles d’IA qu’on place dans certains flux : l’outil d’automatisation n’est qu’un des services par lesquels passent vos données, et chacun se documente.
Auto-héberger n8n : la mise à jour fait partie du prix
Une instance n8n installée sur votre serveur est un logiciel exposé, qui détient les identifiants de toutes les applications qu’il relie. Deux failles publiées en quelques semaines rappellent ce que cela implique.
Deux failles critiques en quelques semaines
Chaque faille rendue publique reçoit un numéro au registre CVE, la liste mondiale des vulnérabilités connues. La faille CVE-2025-68613, publiée le 19 décembre 2025, permet à un utilisateur connecté d’exécuter du code sur le serveur. GitHub la note 9,9 sur 10, et le NIST, l’institut américain qui tient la base publique de ces failles, 8,8. Elle est corrigée dans les versions 1.120.4, 1.121.1 et 1.122.0, et l’agence américaine de cybersécurité, la CISA, l’a inscrite le 11 mars 2026 à son catalogue des failles activement exploitées.
La faille CVE-2026-21858, publiée début janvier 2026 et notée 10 sur 10 par GitHub, va plus loin : elle permet de lire des fichiers du serveur sans aucun compte, au travers de certains flux à formulaire. Elle touche les versions 1.65.0 à 1.121.0 non comprise, et n’a pas d’autre parade que la mise à jour.
Ce que cela change pour vous
Une instance mise à jour dans la semaine de la publication a refermé la porte. Une instance installée au printemps 2025 et jamais retouchée depuis l’a laissée ouverte. Ce qui les sépare, c’est une personne chargée de lire les avis de sécurité et d’appliquer les correctifs.
Si cette personne n’existe pas, n8n en ligne, mis à jour par l’éditeur, est un meilleur choix que l’auto-hébergement. Si vous voulez garder vos données chez vous sans recruter, cette veille se confie à quelqu’un. Après une mission, notre filet de sécurité inclut ces correctifs pour les outils qu’on a livrés.
Changer d’outil plus tard : on reconstruit
Les trois outils exportent leurs flux, chacun dans son format. n8n les exporte en JSON, en conservant les noms des identifiants de connexion, ce qui impose de relire le fichier avant de le partager. Make exporte un plan au format JSON, sans les connexions. Zapier réserve l’import et l’export JSON à ses offres Team et Enterprise.
Aucun des trois ne documente l’import du format d’un autre. Passer de Zapier à Make, ou de Make à n8n, revient donc à reconstruire chaque flux. La reconstruction elle-même va vite quand on sait ce que fait le flux. Elle traîne quand il faut le deviner en lisant des écrans.
D’où la seule précaution qui vaille, quel que soit l’outil : une fiche par flux, tenue à jour, avec son déclencheur, ses étapes, les cas d’erreur prévus et la personne à prévenir. C’est aussi ce qui sépare une automatisation d’une RPA qu’on rejoue sans plus savoir pourquoi elle clique à tel endroit.
Comment on tranche, dans cet ordre
On pose trois questions, et l’ordre compte.
D’abord, où les données de ce flux ont le droit de vivre. Si la réponse est « chez nous », n8n auto-hébergé est le seul candidat, et la suite consiste à organiser sa maintenance.
Ensuite, qui tiendra le flux dans un an, quand une application changera son interface ou qu’un cas imprévu le fera échouer. Sans réponse claire en interne, on privilégie un service en ligne, ou on confie la maintenance.
Enfin seulement, le volume. C’est le critère qu’on regarde en premier, et c’est le moins décisif : il se recalcule en une heure, alors qu’une erreur sur les deux premiers coûte des mois.
Ces flux ne remplacent pas un logiciel quand le processus a besoin de ses propres règles et de ses propres données : ils raccordent les outils existants, et une application métier prend le relais quand le tableur central devient le problème. Si vos équipes recopient à la main d’un logiciel à l’autre, c’est le terrain de l’automatisation des processus. Et si vous hésitez entre deux outils pour un flux précis, décrivez-le-nous : on vous dit lequel tient, et ce qu’il faudra pour le maintenir.

