Achetez un SaaS quand un produit couvre l’essentiel de votre processus et que ce processus ressemble à celui de vos concurrents. Construisez quand le cœur de votre activité n’entre dans aucun produit, qu’il doit se raccorder à des systèmes que vous êtes seul à exploiter, et que quelqu’un peut en assurer la maintenance.
Entre les deux, la voie hybride gagne souvent. La grille qui suit transforme cette réponse en huit questions notées. Elle se remplit en réunion, direction et futurs utilisateurs autour de la même table.
SaaS, logiciel installé, développement spécifique : trois façons de payer
Un logiciel en SaaS se loue par abonnement : l’éditeur l’héberge, le met à jour et le partage entre tous ses clients. Un logiciel installé s’achète sous licence et tourne sur vos serveurs ou chez votre hébergeur. Un développement spécifique est construit pour vous seul, et vous en êtes propriétaire si le contrat le prévoit.
| SaaS | Logiciel installé sous licence | Développement spécifique | |
|---|---|---|---|
| Ce que vous payez | Un abonnement, souvent par utilisateur et par mois | Une licence, puis la maintenance de l’éditeur | La construction, puis la maintenance |
| Qui décide des évolutions | L’éditeur, selon sa feuille de route | L’éditeur, vous choisissez quand installer | Vous, votre prestataire exécute |
| Ce que vous possédez | Rien, vous louez un droit d’usage | Un droit d’usage | Les sources, si le contrat le dit |
| Le jour où vous partez | Export des données, encadré par le Data Act | Migration des données, souvent laborieuse | Vous gardez l’outil, ou vous changez de prestataire |
La grille : huit questions, notées de 0 à 2
Pour chaque ligne, notez 0 si la réponse penche vers l’achat, 2 si elle penche vers la construction, 1 si vous hésitez.
| # | Question | 0 : achetez | 2 : construisez |
|---|---|---|---|
| 1 | Un produit du marché couvre-t-il le cœur du processus ? | Oui, le reste se paramètre | Aucun, même en le forçant |
| 2 | Ce processus vous distingue-t-il de vos concurrents ? | Non, il est commun au secteur | Oui, c’est ce que vos clients achètent |
| 3 | Vos règles de gestion sont-elles standards ? | L’éditeur les a déjà modélisées | Elles n’existent que chez vous |
| 4 | Que faut-il raccorder ? | Des outils courants, avec connecteurs | Machines, bases maison, partenaires au format propre |
| 5 | Où doivent vivre les données ? | Le cloud de l’éditeur convient | Hébergement imposé, données sensibles, travail hors ligne |
| 6 | Combien d’utilisateurs dans trois ans ? | Une petite équipe stable | Un effectif qui grandit, ou des utilisateurs extérieurs |
| 7 | Combien coûtent les contournements aujourd’hui ? | Presque rien | Des heures de ressaisie chaque semaine |
| 8 | Qui assurera la maintenance ? | Personne, l’éditeur doit s’en charger | Un référent interne ou un contrat, budgétés |
Notre lecture des totaux : de 0 à 5, achetez et paramétrez. De 6 à 10, regardez la voie hybride, avec un produit du marché pour le socle et un développement ciblé sur les lignes notées 2. De 11 à 16, construire se défend, à une condition : que la ligne 8 soit à 2. Une ligne 8 à zéro annule le reste, parce qu’un outil que personne ne maintient se dégrade, puis s’abandonne. Ces seuils sont une règle de travail et non une norme : ils servent à ouvrir la discussion.
Une ligne notée 2 ne suffit jamais à lancer un projet. Deux ou trois, si. Et si la grille conclut à la construction, le guide suivant détaille ce qu’on met dans une application métier, pièce par pièce.
Le loyer d’un SaaS grimpe plus vite que le reste
En juin 2026, les prix des logiciels en SaaS étaient en hausse de 16,4 % sur un an, selon l’indice publié par Vertice, une plateforme d’achat de logiciels qui s’appuie sur plus de 75 milliards de dollars de dépenses traitées. C’est le taux le plus haut qu’elle ait relevé. Ces données portent surtout sur des contrats internationaux : elles indiquent une tendance, que votre éditeur suivra ou non.
Un cas précis, tout récent. Le 9 septembre 2026, Microsoft a annoncé que Power Apps Premium passera de 20 à 22 dollars par utilisateur et par mois au 1er janvier 2027, première hausse de son prix catalogue depuis plus de cinq ans. Pour 50 utilisateurs, la licence annuelle passe de 12 000 à 13 200 dollars, sans une ligne de fonctionnalité en plus pour vous.
Personne ne vous promet que votre éditeur augmentera. Mais un calcul qui suppose un prix figé pendant trois ans suppose quelque chose que les chiffres de 2026 ne soutiennent pas.
Le calcul sur trois ans, ligne par ligne
Le seul calcul honnête met les deux options sur la même durée, avec les mêmes postes.
| Poste | SaaS | Développement spécifique |
|---|---|---|
| Mise en place | Paramétrage, reprise des données, formation | Cadrage, construction, reprise des données |
| Chaque année | Abonnement × utilisateurs prévus, modules ajoutés, hausse probable | Hébergement et maintenance, estimée par les agences entre 15 et 25 % du coût initial par an |
| Coût invisible | Heures de contournement et de ressaisie | Temps de vos équipes pendant le projet |
| Le jour de la sortie | Export, migration vers l’outil suivant | Reprise éventuelle par un autre prestataire |
Ce tableau donne rarement un écart spectaculaire. Il donne surtout une décision prise sur des durées comparables, au lieu d’un loyer mensuel posé à côté d’un devis de construction. Pour chiffrer la colonne de droite, le guide sur le prix d’un logiciel sur mesure détaille les variables qui font bouger un devis.
Sortir d’un SaaS : ce que le Data Act change
Le règlement européen sur les données, le Data Act, s’applique depuis le 12 septembre 2025, rappelle la Commission européenne. Son chapitre sur le changement de fournisseur vise les services de traitement de données, et son considérant 81 y range explicitement le SaaS.
Concrètement, un contrat ne peut plus imposer plus de deux mois de préavis pour lancer un changement de fournisseur. La transition doit tenir en 30 jours calendaires au plus, suivis d’au moins 30 jours pour récupérer vos données. Les frais de changement, limités au coût réel depuis janvier 2024, disparaissent le 12 janvier 2027.
Le détail que peu de comparatifs mentionnent concerne le sur-mesure. L’article 31 écarte une partie de ces obligations, dont la suppression progressive des frais de changement, pour les services construits en majorité pour un seul client, et le fournisseur doit vous le dire avant la signature. Pour un outil fait pour vous et exploité par votre prestataire, la sortie ne se lit donc pas dans le règlement : elle s’écrit dans votre contrat.
La voie hybride : acheter le socle, construire l’écart
Un produit du marché pour tout ce qui est générique, un développement ciblé là où votre métier sort du cadre, et des raccordements entre les deux. Notre cas type de PME industrielle de 15 à 30 personnes, reconstitué à partir de plusieurs missions et présenté comme tel, suit ce schéma. Le CRM et la comptabilité restent des SaaS. L’outil construit remplace les onglets critiques d’un fichier Excel central et se branche sur leurs API (application programming interface, interface de programmation) : une commande créée dans le CRM remonte dans l’outil, qui envoie la facture à la comptabilité.
La voie hybride n’est pas toujours la bonne. Pour Insight SiP, fabricant français de composants électroniques, la tentation classique aurait été d’empiler trois éditeurs, un pour la communication, un pour la vente en ligne, un pour la gestion. L’ensemble a été construit comme un tout, pour éviter de payer ensuite la dette d’intégration entre trois outils qui ne se parlent pas.
Entre ces deux cas, beaucoup de raccordements simples passent aujourd’hui par des outils d’automatisation comme n8n ou Make, sans développement complet. La condition de la voie hybride reste la même : que le socle choisi expose ses données et accepte des extensions. Cela se vérifie avant de signer.
Les clauses à écrire, quel que soit le choix
Pour un SaaS, faites préciser le format et la fréquence d’export des données, la durée de préavis, les conditions de hausse tarifaire et ce qui se passe à la résiliation. Le Data Act fixe un plancher, votre contrat peut faire mieux.
Pour un développement spécifique, trois points se négocient avant, jamais après : les sources et les comptes à votre nom, une documentation lisible par un développeur qui n’a pas participé, et la formation d’un référent interne. C’est ce que prévoit notre offre de développement de logiciel sur mesure, où la première question posée est de savoir s’il faut construire.
Si le doute subsiste après la grille, un cadrage court et rémunéré chiffre les deux scénarios sur la même durée. La conclusion peut être de ne rien construire. Dans ce cas, on vous le dit, et le livrable vous reste.

