Le contexte
Expertise France est l’agence française de coopération technique. Dans le cadre du programme de Plateforme Urbaine au Cameroun (PUC), l’institution pilotait deux composantes structurantes pour le pays. Aucune n’avait d’équivalent disponible sur le marché du SaaS, et pour les deux, la maîtrise du code et de l’hébergement par le Cameroun était une exigence non négociable.
La BANOC d’abord. La Base d’Adressage Numérique Ouverte du Cameroun est l’infrastructure qui permet d’attribuer une référence numérique à des lieux dans un pays où l’adressage classique ne couvre pas l’ensemble du territoire. Sans cette brique, ni les services publics ni les acteurs économiques ne peuvent localiser de façon fiable. La BANOC devait être la référence du pays.
La Smart City ensuite. Toujours dans le cadre du PUC, une plateforme urbaine pour outiller les agglomérations camerounaises : remontée d’information du terrain, suivi des services, agrégation pour le pilotage. Construite sur la BANOC comme socle d’adressage.
Le défi
Plusieurs contraintes simultanées sur les deux composantes. Concevoir une infrastructure qui marche en conditions réseau intermittentes (terrain urbain, péri-urbain et rural). Garantir une géolocalisation fiable sans adressage formel pré-existant. Tenir l’exigence de souveraineté : code, données et hébergement sous le pilotage de l’institution camerounaise via Expertise France, dès le premier jour.
À ça s’ajoutait une exigence de calendrier. Le programme avait une fenêtre d’action courte. Pas le temps d’un cycle de spécification long, et aucune marge pour livrer une preuve de concept qui ne tiendrait pas en production.
Ce qu’on a fait
On est entrés directement en phase de construction sur la BANOC, avec un cadrage léger en parallèle. Mode bootstrap par le résultat, pas par la documentation. Architecture pensée pour le offline-first : l’utilisateur sur le terrain enregistre ses contributions localement, elles remontent quand la connexion revient. Géocodage basé sur la position GPS plus une description courte plutôt que sur un standard d’adressage. Pile open source, hébergeable indépendamment.
Pour la Smart City construite sur le socle BANOC, l’enjeu de continuité locale a pesé dans les choix d’équipe. On a recruté trois développeurs camerounais sur place et on les a formés sur le projet, en binôme avec notre équipe. Ils ont écrit du code en production, intégré nos revues, monté en compétence sur la stack et sur la méthode. À la sortie de la mission, c’est eux qui ont pu assurer le maintien et l’évolution des deux composantes côté camerounais.
Sources livrées avec un guide d’auto-hébergement pour que l’institution camerounaise et Expertise France gardent la main complète sur les deux composantes. La PUC n’est pas devenue un actif Cœur du Web : c’est un actif souverain camerounais, dès le jour de la mise en service.
Ce qu’on retient
Quand un besoin n’a pas de SaaS qui le couvre proprement, on n’attend pas qu’un éditeur s’y mette. On construit. Et quand il s’agit d’une infrastructure souveraine pour un pays, on construit transmissible dès la première ligne de code, et on construit avec les gens qui devront la maintenir une fois qu’on sera partis.
La preuve qu’on a bien construit, c’est qu’un client peut reprendre la main quand il le décide. Sur ce projet, la preuve s’est jouée à deux niveaux : l’architecture qui a pu servir à la Smart City sans nouveau cycle d’engagement, et l’équipe locale qui a pris la suite sans rupture. La souveraineté du code n’a de sens que si la souveraineté des compétences suit.