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METHODE 6 min

Pourquoi on a tout révisé en 2026

La régie au taux journalier est devenue un format qui ne rend service à personne. On a basculé sur le forfait, le risque porté et le prix à la valeur. Voilà pourquoi.

Par Laurent Tulpan

On a tout révisé en 2026, et j’assume cette refonte. Voilà pourquoi.

Le déclic, fin 2025

Pendant longtemps, le métier de cabinet tech tenait sur trois piliers. La régie au taux journalier, une promesse de moyens, et la confiance du client.

La régie facturait le temps passé. Le client payait parce qu’il faisait confiance. On livrait ce qu’on pouvait dans le temps imparti.

Fin 2025, j’ai vu ce modèle s’épuiser sur trois fronts simultanés. Et ce n’était pas réversible.

Le premier front : les TJ deviennent indéfendables

Un consultant tech senior se facturait sept à neuf cents euros la journée jusqu’en 2023. C’était cohérent avec ce qu’il portait, ce qu’il livrait, et ce qu’un employeur paierait pour avoir l’équivalent en interne.

En 2025, on trouve sur LinkedIn des freelances internationaux compétents qui facturent deux à trois cents euros la journée. Pas tous bons, mais certains le sont vraiment. Et le client commence à comparer. Justifier un TJ français trois fois plus élevé en disant « la qualité, l’expertise, la proximité » devient un exercice à faire en réunion à chaque mission.

Ce n’est pas un problème qu’on règle en baissant le TJ. C’est un problème qu’on règle en sortant du TJ.

Le deuxième front : les clients ne veulent plus payer du temps sans engagement

Pendant longtemps, payer un consultant au TJ allait de soi. C’était le marché. Personne ne discutait.

En 2025, les directions financières ont commencé à remettre ça en question. Pourquoi je paie cinquante journées à mille euros pour un projet dont je ne sais pas s’il livrera ? Pourquoi je n’ai pas un contrat où vous vous engagez sur un résultat ?

Le problème de cette demande, c’est qu’elle est légitime. La régie au TJ est un format qui répartit le risque côté client. Le client paie même si rien n’est livré. Si on retire le TJ et qu’on met du forfait avec engagement de résultat, le risque bascule côté prestataire. C’est plus dur à vendre, mais c’est nettement plus juste.

Le troisième front : l’IA générative déforme la productivité

C’est le sujet qui m’a définitivement décidé.

Un développeur en 2025-2026 qui utilise correctement les outils IA assistés (Copilot, Claude Code, Cursor, l’outillage que mes équipes utilisent au quotidien) livre en deux heures ce qui en prenait dix il y a deux ans. Sur des tâches précises (refactoring, migration de framework, écriture de tests, debug de logs), la productivité est multipliée par cinq.

Dans ce contexte, facturer au temps passé devient absurde. Soit on facture moins parce qu’on a passé moins de temps (et on tue son business model), soit on facture pareil et on triche (et le client finira par s’en apercevoir).

La seule sortie est de facturer la valeur livrée, pas le temps passé. Si je rends un outil métier opérationnel en trois semaines au lieu de trois mois, je suis content de l’avoir fait en trois semaines. Et mon prix se justifie par la valeur de l’outil, pas par les trois semaines.

Ce qu’on a décidé

Plus de TJ visible nulle part. Sur le site, dans les propales, en réunion. On parle de forfait, de périmètre, d’engagement de résultat. La discussion sur le prix porte sur la valeur livrée, jamais sur les heures passées.

Engagement contractuel sur ce qu’on livre. Périmètre, délais, qualité, et la reprise des données quand il y a migration. Si on dérape, on prend la correction en charge. C’est inscrit, pas marketé.

Sortie de mission préparée dès le début. Documentation, formation d’un référent interne, transfert complet. La meilleure mission, c’est celle dont le client peut se passer une fois qu’elle est livrée.

Des offres claires, organisées par parcours. Côté PME : CTO (chief technology officer, directeur technique) externalisé, pôle IA externalisé, développement sur-mesure. Côté direction informatique : expert de transition. Et la feuille de route stratégique en point d’entrée pour les deux. On a arrêté de prétendre faire tout. On fait bien ce qu’on fait.

Ce qui n’a pas changé

La méthode. La discipline. L’exigence de précision sur les livrables. Le double terrain grand groupe et PME, qui a toujours été notre marque de fabrique.

Les valeurs aussi. On dit ce qui marche et ce qui ne marche pas. On refuse les missions qui n’iront nulle part. On ne survend rien. C’était comme ça en 2019 quand j’ai démarré l’agence, c’est comme ça aujourd’hui.

Pourquoi je continue à écrire ce texte

Parce qu’à chaque premier rendez-vous, on me pose des variantes des mêmes questions. Pourquoi vous ne facturez pas en régie ? Comment vous portez le risque ? Qu’est-ce qui vous distingue d’un freelance ? Ce texte est ma réponse longue, celle que je ne peux pas faire tenir en réunion. Les réponses courtes existent aussi : forfait contre régie, comment on prépare une sortie de mission, et ce qu’est un CTO externalisé.

Si après l’avoir lu vous voulez en discuter, on peut prendre vingt minutes. Sans engagement, sans devis, sans pression.

Questions fréquentes

On répond sans détour.

  • Quelle différence concrète entre une mission au forfait et une mission en régie au taux journalier ?

    La différence porte sur qui supporte le risque. En régie au taux journalier, le client paie le temps passé, y compris si rien n'est livré au bout du compte : le risque est entièrement de son côté. Au forfait avec engagement de résultat, c'est le prestataire qui s'engage sur un périmètre, des délais et une qualité, et qui prend la correction en charge s'il dérape. C'est plus difficile à vendre, et nettement plus juste.

  • Pourquoi l'IA générative rend-elle la facturation au temps passé intenable ?

    Parce que le temps passé ne mesure plus le travail livré. Un développeur qui utilise correctement les outils assistés livre en deux heures ce qui en demandait dix il y a deux ans, et sur des tâches précises comme le refactoring, la migration de framework, l'écriture de tests ou le débogage, la productivité est multipliée par cinq. Dans ce contexte, deux issues seulement : facturer moins parce qu'on a passé moins de temps, et tuer son modèle économique, ou facturer pareil et tricher, ce que le client finit par voir. La seule sortie est de facturer la valeur livrée.

  • Sur quoi porte la discussion de prix quand aucun taux journalier n'est affiché ?

    Sur le périmètre, les délais, la qualité et l'engagement de résultat, jamais sur les heures passées. Si un outil métier devient opérationnel en trois semaines au lieu de trois mois, son prix se justifie par ce que l'outil apporte, pas par la durée du chantier. C'est un déplacement inconfortable au début, parce qu'il oblige les deux parties à nommer la valeur attendue. C'est aussi ce qui rend la comparaison entre offres beaucoup plus honnête qu'une grille de taux journaliers.

  • Que contient concrètement un engagement de résultat ?

    Quatre choses, écrites au contrat plutôt qu'annoncées en réunion : le périmètre livré, les délais, le niveau de qualité, et la non-perte de données quand il y a une migration. S'y ajoute une clause de dérapage : si le prestataire déborde, la correction est à sa charge. Et une sortie de mission préparée dès le départ, avec documentation, formation d'un référent interne et transfert complet. La bonne mission est celle dont le client peut se passer une fois qu'elle est livrée.

On en parle

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