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CTO 9 min

Quitter VMware : les alternatives réelles et comment migrer sans casser la production

Depuis le rachat par Broadcom, beaucoup de PME cherchent une sortie. Les quatre alternatives crédibles, ce que chacune coûte vraiment, et la séquence de migration qui évite l'incident.

Par Laurent Tulpan

Le rachat de VMware par Broadcom, finalisé fin 2023, a mis fin aux licences perpétuelles au profit de l’abonnement, regroupé les produits en offres larges et relevé les seuils minimums facturés. Pour une PME qui virtualisait tranquillement deux ou trois serveurs depuis dix ans, la facture n’a plus de rapport avec l’usage réel.

D’où une question qui revient sans arrêt : par quoi remplacer, et comment migrer sans casser la production. Voici l’état réel du terrain, et la séquence qui fonctionne.

D’abord, la question à se poser avant de partir

Partir par réflexe serait une erreur symétrique de l’inertie.

Si votre environnement est très outillé autour de la pile VMware, avec de la sauvegarde, de la supervision, de l’automatisation et des procédures écrites pour elle, le coût réel de la sortie dépasse parfois l’augmentation subie. Il ne s’agit pas seulement de déplacer des machines : il faut requalifier toute la chaîne, réécrire les procédures d’exploitation, et reformer l’équipe.

La bonne démarche est donc de chiffrer la migration avant de décider. Ce chiffrage a deux vertus : il vous dit si partir est rentable, et il vous donne du poids si vous choisissez de renégocier. Un renouvellement négocié sans alternative chiffrée en main n’est pas une négociation.

Cette bascule a d’ailleurs eu un effet de bord utile. Elle a forcé beaucoup d’entreprises à se demander de quoi elles avaient réellement besoin, et un nombre non négligeable a découvert qu’elles payaient depuis des années des fonctions de haute disponibilité qu’elles n’utilisaient pas. Commencez par là : l’inventaire de ce que vous consommez vraiment.

Les quatre alternatives crédibles

Proxmox VE. Open source, avec un support payant optionnel. C’est la sortie la plus fréquente aujourd’hui pour les PME et les ETI. Elle suppose d’accepter une montée en compétence interne, ou d’externaliser l’exploitation. Point de vigilance : l’écosystème d’outils tiers est moins fourni, et une partie de la documentation est communautaire, donc de qualité inégale.

Microsoft Hyper-V. Inclus dans les licences Windows Server que beaucoup d’entreprises possèdent déjà. Se défend très bien dans un environnement fortement Microsoft, avec un annuaire en place et des équipes déjà formées à ces outils. Point de vigilance : la cohérence des licences Windows mérite d’être vérifiée de près avant de s’engager, c’est là que les surprises arrivent.

Nutanix. Une solution intégrée qui rassemble le calcul et le stockage, avec un support de bout en bout. Convient aux structures qui veulent un ensemble tenu par un seul fournisseur plutôt qu’un assemblage. Point de vigilance : coût d’entrée élevé, et un verrouillage sur la pile du fournisseur qui remplace celui dont vous sortez.

XCP-ng. Open source également, avec support payant optionnel. Pertinent sur des besoins ciblés et avec des équipes à l’aise en ligne de commande. Communauté plus petite, donc moins de réponses toutes faites quand un cas inhabituel se présente.

Aucune n’est meilleure dans l’absolu. Le critère décisif n’est pas technique, il est organisationnel : qu’êtes-vous capable d’exploiter, et que préférez-vous confier ? Un hyperviseur mal supervisé, avec des sauvegardes non testées, est plus dangereux qu’une solution plus chère mais tenue.

Ce que la migration coûte vraiment

Quatre postes, dont trois sont systématiquement sous-estimés.

Le déplacement des machines. C’est le poste visible, et le plus simple. Les formats de disques diffèrent, mais les outils de conversion existent et fonctionnent.

Les pilotes à l’intérieur des machines invitées. Changer d’hyperviseur change les pilotes d’entrée-sortie vus par le système invité. Chaque machine doit être ouverte, modifiée, et redémarrée. Sur un parc de trente machines, ce n’est plus une opération anodine.

La requalification des sauvegardes. Le poste le plus dangereux, parce qu’il ne se voit pas. Votre outil de sauvegarde connaît l’ancienne plateforme, pas la nouvelle. Il faut le reconfigurer, puis tester une restauration réelle. Une migration réussie dont les sauvegardes ne fonctionnent plus est un incident qui n’a pas encore eu lieu.

Les procédures d’exploitation. Tout ce que votre équipe sait faire devient obsolète du jour au lendemain : redémarrer une machine, ajouter du disque, prendre un instantané, basculer en mode dégradé. Ces runbooks doivent être réécrits et testés par quelqu’un qui ne les a pas écrits.

La séquence qui fonctionne

Cinq étapes, dans cet ordre, sans en sauter.

1. Inventorier les charges réelles. Pas les machines, les charges de travail : quel rôle métier, quelle criticité, quelle dépendance aux autres. C’est cet inventaire qui détermine la cible, et non l’inverse. Beaucoup de migrations partent du choix de l’hyperviseur, ce qui est le meilleur moyen de découvrir en cours de route qu’il ne convient pas.

2. Migrer une machine sans enjeu, jusqu’à la restauration. Une seule, sans importance, mais en allant jusqu’au bout de la chaîne : bascule, supervision, sauvegarde, puis restauration testée. Cette machine sert de validation du dispositif complet, pas de la faisabilité technique.

3. Avancer par vagues, avec une fenêtre de retour arrière. Chaque vague regroupe des machines liées entre elles, et chaque vague a son plan de retour arrière écrit avant de commencer. La question à laquelle il répond : comment revient-on à l’état antérieur, en combien de temps, et quelles données seront perdues.

4. Requalifier les sauvegardes avant de considérer la migration terminée. C’est un jalon, pas une formalité de clôture. Tant qu’une restauration n’a pas été testée sur la nouvelle plateforme, la migration n’est pas finie, même si toutes les machines tournent.

5. Réécrire les procédures et former l’équipe. Le dernier jalon, celui qu’on sacrifie quand le calendrier a glissé. Le sacrifier revient à créer une dépendance à celui qui a fait la migration.

Le piège de la migration menée en parallèle du quotidien

Une migration d’hyperviseur demande une attention soutenue et des fenêtres d’intervention. Confiée à une équipe interne déjà occupée à tenir le quotidien, elle s’étale, et un chantier d’infrastructure qui s’étale accumule les états intermédiaires : une partie du parc migrée, une partie non, deux plateformes à superviser, deux jeux de procédures. C’est la configuration la plus risquée qui existe.

Si vous n’avez pas la bande passante interne pour mener la migration d’un bloc, c’est exactement le type de chantier qui se confie à un management de transition IT sur un périmètre cadré, comme la modernisation d’infrastructure menée pour la DSI de CFAO.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

On répond sans détour.

  • Faut-il vraiment quitter VMware ?

    Pas systématiquement, et partir par réflexe serait une erreur. Si votre environnement est très outillé autour de la pile VMware, sauvegarde, supervision, automatisation, orchestration, le coût de sortie peut dépasser l'augmentation subie. La bonne démarche est de renégocier en connaissance de cause, avec un chiffrage de la migration en main : c'est ce chiffrage qui donne du poids à la négociation. Partir se décide, ne pas partir aussi, mais jamais par inertie.

  • Quelle alternative choisir à la place de VMware ?

    Cela dépend de ce que vous savez exploiter, pas d'un classement absolu. Proxmox VE convient si vous acceptez de monter en compétence ou d'externaliser l'exploitation. Hyper-V se défend dans un environnement déjà très Microsoft avec un annuaire en place. Nutanix apporte un ensemble supporté de bout en bout, avec un coût d'entrée élevé et un verrouillage sur sa propre pile. XCP-ng cible des besoins précis et des équipes à l'aise en ligne de commande. La question à trancher d'abord est celle de l'exploitation, pas celle de l'hyperviseur.

  • Combien de temps prend une migration d'hyperviseur ?

    Le temps de migrer les machines n'est pas le sujet, celui de requalifier la chaîne complète l'est. Il faut compter l'inventaire des charges réelles, la validation d'une première machine sans enjeu jusqu'à la restauration, puis des vagues successives avec une fenêtre de retour arrière à chaque étape. La variable qui allonge tout est la requalification des sauvegardes et des procédures d'exploitation, souvent sous-estimée parce qu'elle ne se voit pas.

  • Que faut-il vérifier avant de considérer une migration terminée ?

    Les sauvegardes, et une restauration réellement testée sur la nouvelle plateforme. Une migration réussie dont les sauvegardes ne fonctionnent plus est un incident qui n'a pas encore eu lieu. Vérifiez aussi que la supervision voit les nouvelles machines, que les procédures d'exploitation de votre équipe ont été réécrites, et que les pilotes d'entrée-sortie à l'intérieur des machines invitées ont bien été remplacés.

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