Pour une PME française en 2026, une DSI externalisée coûte entre 80 et 150 € HT par poste et par mois pour la partie infogérance courante. Le pilotage type DSI ou RSSI à temps partagé se situe entre 1 500 et 8 000 € HT par mois selon le nombre de jours mobilisés. Les projets (migration, refonte, sécurisation) se chiffrent au forfait, en dehors de ces deux lignes. Tout le reste de cet article sert à comprendre pourquoi ces fourchettes sont aussi larges, et comment lire un devis sans se faire piéger.
”DSI externalisée” ne veut pas dire une seule chose
Le premier problème, c’est que l’étiquette recouvre quatre métiers très différents qu’on facture rarement ensemble. Un prestataire peut vous vendre l’un, deux, ou les quatre. Si vous comparez deux devis sans regarder le périmètre, vous comparez des choses qui n’ont rien à voir.
Le pilotage. C’est la tête. Quelqu’un décide de la trajectoire technique, arbitre les budgets, négocie avec les éditeurs, cadre les projets. C’est le rôle d’un directeur des systèmes d’information, exercé à temps partagé. Sans ça, vous avez des exécutants mais personne qui tient le cap.
Le run, ou infogérance. C’est le quotidien. Support utilisateurs, gestion du parc, sauvegardes, mises à jour, supervision des serveurs. C’est ce qui fait que ça tourne le lundi matin. C’est aussi la partie qui se facture le plus souvent au poste.
Les projets. Migration d’un ERP, déploiement d’un outil, refonte d’une infrastructure. Ce sont des chantiers à début et à fin, chiffrés à part.
La sécurité. Politique d’accès, sauvegardes testées, plan de reprise, conformité. Parfois portée par un RSSI à temps partagé, parfois incluse dans le pilotage, parfois oubliée jusqu’au jour de l’incident.
Une “DSI externalisée” complète, c’est les quatre. Beaucoup de contrats n’en couvrent qu’un ou deux. D’où l’écart de prix entre deux offres qui portent le même nom.
Les trois modèles de facturation du marché français
Le forfait mensuel tout compris. Un montant fixe par mois qui couvre le run et une part de pilotage. Rassurant parce que prévisible. Le piège, c’est ce qui n’est pas dedans : les projets, les interventions hors périmètre, le matériel. Lisez ce que le forfait exclut avant ce qu’il inclut.
La régie au taux journalier. Vous payez les jours consommés. Souple pour un besoin ponctuel, dangereux sur la durée parce que rien ne pousse le prestataire à aller vite. Un taux journalier de 500 à 900 € HT est courant pour un profil expérimenté sur le marché français en 2026.
L’infogérance au poste. 80 à 150 € HT par poste et par mois, selon le niveau de service, l’inclusion ou non des licences, et la présence d’astreinte. Simple à budgéter, mais le prix au poste cache parfois du matériel margé et des prestations facturées en plus.
Pour aller plus loin sur l’opposition forfait contre régie, on a détaillé pourquoi le format au forfait protège mieux le client que le taux journalier dans un article dédié au chiffrage.
Ce qui fait vraiment varier la facture
Cinq variables expliquent la quasi-totalité des écarts entre deux devis.
Le nombre de postes et de sites géographiques. Vingt postes sur un site ou vingt postes sur cinq sites, ce n’est pas le même coût de supervision.
Le niveau de service attendu. Une intervention sous quatre heures avec astreinte week-end coûte deux fois une intervention sous deux jours en heures ouvrées. C’est légitime, mais il faut le dire.
La criticité métier. Une PME qui s’arrête si son ERP tombe n’achète pas la même sécurité qu’un cabinet de conseil qui peut travailler une journée sur ses ordinateurs portables.
La part de pilotage stratégique. Une demi-journée de DSI par mois ou deux jours par semaine, ce sont deux mondes. Plus vous montez en jours, plus vous montez en mensualité.
Le matériel et les licences. Inclus ou refacturés, margés ou au prix coûtant. C’est la ligne qui gonfle les additions sans qu’on s’en rende compte.
Le tableau qui compare vraiment les trois options
Voici une lecture honnête des trois façons d’organiser l’informatique d’une PME de 20 à 80 personnes. Les montants sont indicatifs, en euros HT annualisés, pour donner un ordre de grandeur, pas un devis.
| Critère | DSI interne (1 ETP) | DSI externalisée | Responsable info + prestataires |
|---|---|---|---|
| Coût annuel indicatif | 70 000 à 110 000 € chargés | 25 000 à 90 000 € selon périmètre | 45 000 à 65 000 € (salaire) + prestations |
| Pilotage stratégique | Fort, mais dépend d’une seule personne | Cadré, senior, mutualisé | Souvent faible, profil junior ou débordé |
| Run quotidien | Assuré, capacité limitée à une personne | Équipe derrière, continuité de service | Assuré en interne, sous-traité au-delà |
| Sécurité | Variable selon le profil recruté | Généralement structurée | Point faible fréquent |
| Délai de mise en place | 6 à 9 mois de recrutement | 2 à 4 semaines | 2 à 3 mois de recrutement |
| Risque principal | Départ, congés, montée de charge | Dépendance au prestataire, réversibilité | Débordement, angles morts sécurité |
| Réversibilité | Sans objet | À vérifier dans le contrat | Bonne côté interne, faible côté presta |
Ce tableau n’a pas de gagnant universel. Une PME de 15 personnes n’a pas besoin d’un directeur technique salarié à temps plein. Une PME de 120 personnes avec un système d’information critique gagne souvent à recruter, quitte à faire cadrer la trajectoire par un externe au démarrage.
Une anecdote de terrain
Je me souviens d’un dirigeant qui payait 4 200 € par mois une “DSI externalisée”. Sur le papier, tout était couvert. Dans les faits, le contrat couvrait le run et rien d’autre. Chaque projet un peu structurant repartait en devis, à des tarifs jamais négociés en amont. En regardant douze mois de factures, on a trouvé 31 000 € de prestations projet qui s’étaient ajoutées au forfait, sans qu’aucune décision claire ait été prise. Le prestataire n’avait rien fait d’illégal. Il avait juste vendu un forfait de run en le laissant passer pour une DSI complète. Le pilotage, celui qui aurait dit “ce projet ne vaut pas le coup”, n’était dans le contrat de personne.
C’est le vrai risque. Pas de se faire arnaquer sur le prix au poste, mais d’acheter la moitié d’une DSI en croyant l’avoir toute.
Comment comparer deux devis sans se tromper
Trois réflexes suffisent à éviter la plupart des mauvaises surprises.
Ramenez tout au coût annuel complet, forfait plus projets estimés plus matériel. Un forfait bas avec des projets margés coûte souvent plus cher qu’un forfait plus élevé qui inclut le pilotage.
Cherchez ce que le devis ne couvre pas. La liste des exclusions est plus instructive que celle des inclusions. Si les projets, les astreintes et le matériel sont hors périmètre, vous ne lisez qu’une partie de la facture.
Vérifiez la part de pilotage en jours ou demi-journées explicites. “Accompagnement stratégique” sans volume chiffré, c’est une ligne qui ne coûte rien parce qu’elle ne livre rien.
Les trois pièges qui reviennent le plus
L’engagement de 36 mois. Beaucoup de contrats d’infogérance verrouillent sur trois ans. Sur un marché où vos besoins changent tous les ans, c’est long. Négociez 12 mois renouvelables, ou au moins une clause de sortie.
L’absence de réversibilité. Le jour où vous changez de prestataire, récupérez-vous vos accès, votre documentation, votre configuration ? Si ce n’est pas écrit dans le contrat, la réponse est souvent non, et le changement devient un chantier douloureux.
Le matériel margé. Un prestataire qui vous vend le parc informatique se rémunère deux fois : sur la prestation et sur la marge matériel. Ce n’est pas scandaleux, mais vous devez le savoir pour comparer au prix coûtant.
Alors, interne, externalisé, ou mixte ?
Ma réponse honnête après vingt ans à piloter des systèmes d’information : ça dépend de votre taille et de la criticité de votre informatique. En dessous de 30 ou 40 personnes sans enjeu vital, une DSI externalisée bien cadrée est presque toujours le meilleur rapport valeur sur coût. Au-dessus, ou si votre métier s’arrête quand l’informatique tombe, le calcul penche vers un profil interne, souvent épaulé au démarrage par un expert de transition sur un sujet précis.
Le format que je défends chez Cœur du Web pour ce genre de décision, c’est le rôle de CTO externalisé qui pilote sans créer de dépendance. On commence par une feuille de route stratégique de deux à cinq jours, rémunérée, qui cartographie l’existant et chiffre les options. Ce livrable vous appartient, même si vous décidez ensuite de recruter ou de rester avec votre prestataire actuel.
Questions fréquentes
Quelle différence entre DSI externalisée et infogérance ?
L’infogérance couvre le run : support, parc, sauvegardes, supervision. La DSI externalisée ajoute le pilotage, c’est-à-dire la décision et l’arbitrage stratégique. Beaucoup de contrats vendus comme “DSI externalisée” ne sont en réalité que de l’infogérance. Vérifiez la part de pilotage chiffrée en jours.
Une PME de moins de 20 salariés a-t-elle besoin d’une DSI externalisée ?
Rarement d’une DSI complète. Souvent, une infogérance légère au poste plus quelques jours de cadrage stratégique par an suffisent. Le rôle de CTO externalisé au forfait, sur un besoin circonscrit, est en général plus adapté qu’un contrat de DSI récurrent sur cette taille.
Comment savoir si le prix d’un devis est juste ?
Ramenez tout au coût annuel complet, listez les exclusions, et exigez la part de pilotage en jours explicites. Pour le contexte tarifaire complet du pilotage, on a écrit combien coûte un CTO externalisé en 2026, et pour cadrer le rôle lui-même, ce qu’est vraiment un CTO externalisé.